du Maroc, qui coupent les routes et rançonnent touristes et narco-touristes. A cela s'ajoute l'activité des forces de répression tendant à faire des narco-touristes étrangers des boucs émissaires afin de masquer le fait que les autorités locales, et parfois nationales, sont impliquées dans la production et le trafic. Lorsque des étrangers sont arrêtés en possession de cannabis, ils sont frappés de
lourdes peines. Le nord du Maroc est donc considéré comme une " zone dangereuse ", ce qui affecte non seulement le narco-tourisme, mais le tourisme tout court. Cette mauvaise réputation perdure encore aujourd'hui. Ainsi, Chefchaouen, petite ville très pittoresque qui présente un attrait certain pour les touristes et des infrastructures suffisantes pour les accueillir, ne reçoit actuellement des visiteurs, essentiellement espagnols, qu'aux mois de juillet et août. Il n'existe pourtant plus aucune insécurité dans la zone, même dans la région de Ketama qui passe pour être le berceau des trafiquants. Depuis l'avènement de Mohammed VI, les contrôles policiers se sont en effet assouplis, ce dont bénéficient à la fois les cultivateurs, mais également les touristes qui se déplacent en toute quiétude.
Dernier élément qui explique historiquement le rôle joué par le Rif, sa tradition de contrebande : " La contrebande à partir des enclaves espagnoles du littoral méditerranéen marocain est une réalité au
moins séculaire, qui a pris forme à mesure que le Maroc s'ouvrait, au cours de la deuxième moitié du XIXème siècle, au commerce européen et que les vieux presidios espagnols se métamorphosaient de
garnisons pénitentiaires en entrepôts commerciaux.
A l'aube de ce siècle, Ceuta, Melilla et les îlots étaient déjà au coeur d'un trafic intense d'armes et de munitions de guerre, qui contribua fortement à ce qui fut appelé l'anarchie marocaine qui offrit le
prétexte pour transformer le Maroc en protectorat ".
Aujourd'hui les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla sont le point d'entrée d'un gigantesque flux de contrebande atteignant les villes les plus éloignées du pays qui, s'il donne du travail à des dizaines de milliers de personnes, constitue une concurrence déloyale avec ce que pourrait produire la région : " Il est impossible de développer dans le Rif un tissus industriel d'une solidité minimum tant que se maintient cette activité tolérée par l'administration marocaine ". Selon le gouvernement marocain, la contrebande représente un chiffre d'affaire annuel de 3 000 millions de dollars et les pertes pour
l'économie nationale environ 1 350 millions de dollars.